Dossier écran ? ou comment ne pas trouver la vérité

Publié le 21 Novembre 2014

Emile en 1946 avec Auguste
Emile en 1946 avec Auguste

Lorsque Émile décida de s'engager dans l'armée en 1945, il n'avait que 18 ans. Il lui fallait pour cela, au minimum, un extrait de casier judiciaire mais surtout connaître le lieu exact de sa naissance. On lui avait tout caché y compris cela même ses parents nourriciers. Aussi, pensa-t-il à une personne qui allait peut-être pouvoir l'aider à contourner ce problème...

Extraits du chapitre 4 de son livre "Secret naissance" :

"L’entretien avec le Directeur commença sur un ton assez autoritaire qui ne supposait pas de réplique.

Aussi, lui dis-je que je ne retournerai pas dans une ferme et que j’avais décidé de m’engager dans l’armée.

Il fut très surpris et me dit : « Oui ! oui on verra ça ! » pour évacuer rapidement ma requête. Imaginant sa réponse j’avais pris soin avant de le rencontrer de me renseigner pour connaître les formalités administratives. On m’avait indiqué qu’il me fallait au minimum un extrait de casier judiciaire.

Aussi poursuivais-je en lui demandant l’obtention de cet extrait. La réponse fut sans appel : « Non. ! Tu es trop jeune et tu n’as pas besoin d’entrer à l’armée ! ». La conversation n’eut pas de suite.

Déçu, je quittais la pièce et me rendis à l’orphelinat. Les américains étaient tout près de là dans l’enceinte de la caserne Vauban, au centre d’Auxerre. Je m’y rendais souvent pour tuer le temps et chiner quelques victuailles qu’ils nous donnaient volontiers.

Bien que pas encore majeur, je pouvais sortir librement. Cependant l’idée de l’armée continuait de cheminer dans ma tête et surtout essayer de savoir où j’étais né. Condition sine quanone pour un éventuel engagement.

Il faut dire, au passage, qu’en cet été 45 alors que j’avais 18 ans passés, je ne savais toujours pas où j’étais né et que mes parents nourriciers ainsi que l’administration s’étaient bien gardés de me le dire jusque là !

Je réfléchissais à la manière d’obtenir cette information importante en me disant mais comment faire ? Puis vint l’idée. A la direction de cette hermétique administration travaillait, au secrétariat, une jeune fille que j’avais connue enfant, Jeannine R., et avec laquelle j’avais joué dans les rues de Coulanges. Peut-être pouvait-elle m’aider.

Je décidais de me rendre à son bureau. Arrivé sur place, je me ravisais et choisissais de l’attendre à la sortie de son travail. Elle me vit en sortant et me demanda ce que je faisais là et ce que je voulais. Je lui expliquais le motif de mon intervention en lui demandant si elle pouvait me dire où j’étais né, en consultant ses dossiers, afin que je puisse obtenir un extrait de casier judiciaire en vue de mon engagement.

Elle sembla inquiète et perplexe. « C’est délicat » me dit-elle, « il ne faut pas que je me fasse pincer ! ». « Malgré tout, reviens demain soir, je vais essayer de t’obtenir l’information. » « Je trouverais bien une excuse pour rester après le départ des autres collègues et tu m’attendras dans la rue un peu plus haut pour que cela ne paraisse pas suspect. ».

Le lendemain soir, je n’aurais manqué pour rien au monde ce rendez-vous. Jeanine arriva à l’heure convenue et me prit à part et me dit : « Écoutes, j’ai regardé ton dossier et tu es né ici à Auxerre. »

Je la remerciais chaleureusement et m’en alla.

Le lendemain je me rendais à la préfecture d’Auxerre et demandais un extrait de casier judiciaire. Arrivé au guichet concerné, la personne me demande mon nom et mon prénom ce que je fais sans attendre, puis me demande ma date de naissance. Je répondais fièrement : « 14 mai 1927 ! ».

« Désolé jeune homme vous n’êtes pas né ici. Il y a bien un Émile Pierre né à Auxerre mais celui-là est né le 14 mai 1926 !».

Je repartais déçu de la préfecture. « Décidément » me disais-je, « il faut que j’en parle à nouveau à Jeannine ! ».

Je ne perdis pas de temps pour recontacter ma copine d’enfance. Lorsque nous nous revîmes, dès le lendemain, je lui fis part de cette erreur. Elle rechercha à nouveau et trouva enfin l’information. Le surlendemain, elle m’apprit que j’étais né à Avallon et cette fois l’information était juste. Elle m’expliqua que les deux dossiers étaient l’un avec l’autre et qu’elle avait pris le premier sans penser qu’il pouvait y en avoir un autre presque « identique » tout au moins les noms et prénoms. Troublant tout de même !

-détail qui aura son importance près de cinquante ans plus tard-

« Mais soyons pragmatiques, il faut que tu écrives à la sous-préfecture d’Avallon et tu devrais obtenir ce que tu demandes » me dit-elle.

Dès le jour même, un mercredi si mes souvenirs sont bons, j’écrivais à la dite sous-préfecture. Le samedi suivant j’avais la réponse ! « Victoire » me disais-je, « je vais pouvoir m’engager ».

En y réfléchissant, j’eus ainsi la preuve que le directeur de l’assistance ne voulait pas que je parte. Il lui aurait été facile de m’obtenir ce document s’il avait voulu.

Je n’attendais pas d’avoir son autorisation et me rendais au bureau de recrutement fort du document que je venais de recevoir. Enregistrement, signature, engagement et visite médicale ne tardèrent pas. L’affaire était lancée.

Nous étions à la fin août et je reçus ma feuille de route en septembre suivant pour un départ le 1er octobre 45 à la caserne Ladoye à Lyon au CIAB 414 (centre d’instruction d’armes blindées).

N’ayant rien dit jusque là et fait comme si de rien n’était, il me fallu pourtant me préparer à partir. Je décidais tout de même d’aller dire au revoir au directeur. Arrivé au bureau de la secrétaire, je sollicitais un rendez-vous tout en lui expliquant ma démarche.

Elle sursauta : « Comment ça tu viens lui dire au revoir ? »

« Je pars à l’armée ! » lui dis-je fièrement.

« Ah bon ! Tiens donc ! » dit elle. Puis d’un signe de la main, elle me fit comprendre qu’il n’allait pas être très content de ma démarche.

Après avoir été prévenu, il me fit attendre quelques minutes avant d’entrer dans son bureau. Ce furent des minutes très très longues.

L’entretien fut bref et animé. Après lui avoir dit que je partais à l’armée ainsi que l’endroit où j’étais affecté, il se redressa et me fixant me dit :

« Mais comment as-tu pu savoir … » il arrêta sa phrase.

« Ça c’est mon secret, vous ne le saurez jamais ! » lui dis-je fermement du haut de mes dix-huit ans.

« Tu pourras quand même nous écrire si tu as besoin et revenir quand tu veux » ajouta-t-il d’un ton soumis sachant que désormais rien ne pouvait plus m’en empêcher.

Je fis mes bagages et pris le train qui m’emmenait vers mon destin …"

A suivre

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Rédigé par Didier Jean-Yves PIERRE

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